Valoriser ses céréales tout en sécurisant les performances des ruminants face au stress thermique

Dans un contexte de volatilité des coûts alimentaires et de recherche permanente de performance, la valorisation des céréales produites sur l’exploitation représente un enjeu stratégique pour les éleveurs. Si leur utilisation directe peut sembler la solution la plus simple, elle ne garantit pas toujours une valorisation optimale sur les plans économique et nutritionnel.

L’objectif est donc de transformer cette ressource en un véritable levier de performance, tout en limitant les risques digestifs, particulièrement lors des périodes de stress thermique.

Utilisation directe des céréales : une solution qui présente certaines limites

Les céréales produites sur l’exploitation constituent une source d’énergie intéressante pour les ruminants. Cependant, leur utilisation en l’état implique plusieurs contraintes souvent sous-estimées.

Au coût de production s’ajoutent les dépenses liées au stockage, au broyage, à la manutention et à l’utilisation du matériel. Ces opérations représentent généralement entre 25 et 45 €/tonne et doivent être prises en compte dans l’évaluation économique globale. Au-delà de l’aspect financier, la conservation des céréales peut également exposer l’éleveur à des risques de dégradation de la qualité liés aux moisissures ou aux parasites de stockage.

  • Pourquoi les céréales peuvent-elles perturber l’équilibre du rumen ?

Une dégradation rapide de l’amidon

Les céréales apportent principalement de l’amidon, dont la vitesse de fermentation dans le rumen peut être élevée.

Lorsque cet amidon est dégradé trop rapidement, la production d’acides augmente, entraînant une baisse du pH ruminal. Dans certaines situations, ce phénomène favorise l’accumulation d’acide lactique et l’apparition d’acidoses subcliniques.

Des impacts sur les performances des animaux

Une moindre stabilité du fonctionnement ruminal peut se traduire par :

  • une ingestion moins régulière ;
  • une baisse du taux butyreux chez les vaches laitières ;
  • des performances de croissance moins homogènes chez les animaux à l’engraissement.

La qualité de la ration ne dépend donc pas uniquement de sa valeur énergétique, mais aussi de sa capacité à maintenir un fonctionnement ruminal stable.

L’échange céréales-aliment : une approche pour mieux valoriser la récolte

L’échange céréales-aliment permet de transformer les céréales issues de l’exploitation en un aliment formulé et équilibré.

Cette démarche vise à optimiser leur valorisation grâce à :

  • une granulométrie maîtrisée ;
  • une meilleure digestibilité ;
  • un apport équilibré en nutriments ;
  • un complément adapté en azote pour les micro-organismes du rumen ;
  • l’intégration de fibres digestibles ;
  • des apports minéraux participant à la sécurité digestive.

L’objectif est d’améliorer l’efficacité alimentaire tout en réduisant les risques de déséquilibres fermentaires.

Orienter les fermentations ruminales pour gagner en efficacité

Favoriser les fermentations propioniques

Certaines solutions nutritionnelles d’origine végétale permettent d’agir sur l’orientation des fermentations ruminales.

Cette approche vise notamment à :

  • limiter la production excessive d’acide lactique ;
  • favoriser les fermentations propioniques ;
  • améliorer la disponibilité du glucose pour l’animal.

Un meilleur équilibre énergétique

En contribuant à la stabilité des fermentations, ces solutions participent à une meilleure valorisation de l’énergie alimentaire et au maintien des performances zootechniques.

Stress thermique : un facteur aggravant pour le rumen

Des conséquences visibles dès les premières chaleurs

Le stress thermique ne concerne pas uniquement les épisodes de fortes canicules. Les premiers effets peuvent apparaître dès 22 à 25 °C, notamment lorsque l’indice THI dépasse 68.

Les animaux adaptent alors leur comportement et leur métabolisme pour limiter leur production de chaleur.

Cela se traduit notamment par :

  • une baisse de l’ingestion ;
  • une diminution de la rumination ;
  • une augmentation de la fréquence respiratoire ;
  • des pertes minérales accrues.

Un risque d’acidose renforcé

La réduction de la rumination et les modifications des comportements alimentaires contribuent à accentuer les déséquilibres digestifs.

Le risque d’acidose augmente alors, avec des répercussions possibles sur la production laitière, le taux butyreux ou encore les performances de croissance.

Accompagner les ruminants pendant les périodes chaudes

Face au stress thermique, la maîtrise des fermentations ruminales devient un levier essentiel pour préserver les performances du troupeau.

Des solutions nutritionnelles adaptées peuvent contribuer à :

  • améliorer la valorisation énergétique de la ration ;
  • soutenir l’équilibre microbien du rumen ;
  • limiter le déficit énergétique lié à la chaleur ;
  • stabiliser le pH ruminal ;
  • maintenir des performances plus régulières malgré les épisodes de températures élevées.

L’enjeu consiste à aider l’animal à mieux utiliser les nutriments disponibles tout en limitant les perturbations digestives associées à la chaleur.

À retenir

  • L’utilisation directe des céréales à la ferme génère des coûts de gestion et de conservation souvent sous-estimés.
  • Une dégradation trop rapide de l’amidon peut favoriser les déséquilibres fermentaires et les acidoses subcliniques.
  • L’échange céréales-aliment permet de transformer les céréales de l’exploitation en un aliment équilibré et optimisé.
  • L’orientation des fermentations ruminales peut contribuer à améliorer l’efficacité énergétique de la ration.
  • Le stress thermique accroît les risques digestifs et peut pénaliser les performances des ruminants dès les premières chaleurs.

Écouter le podcast complet

Pour approfondir le sujet, retrouvez l’intégralité du podcast et les explications de notre expert ruminants, Yoann BRASSE : https://www.podcastics.com/episode/420163/link/

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