Mise à l’herbe des ruminants : les points de vigilance pour réussir la transition printanière

La mise à l’herbe des ruminants constitue une période stratégique pour les élevages. Elle permet de valoriser l’herbe disponible et de renforcer l’autonomie alimentaire des exploitations. Cette transition s’accompagne toutefois de plusieurs risques nutritionnels et sanitaires qu’il convient d’anticiper.

Parmi les principaux enjeux du printemps figurent la gestion du statut en magnésium, la maîtrise du parasitisme herbager et la prévention des entérotoxémies. Chacun de ces facteurs peut affecter la santé des animaux et leurs performances s’il n’est pas pris en compte dès les premières semaines de la saison.

Sécuriser l’apport en magnésium lors de la mise à l’herbe

Pourquoi le risque d’hypomagnésémie augmente-t-il au printemps ?

La mise à l’herbe est une période particulièrement sensible pour l’équilibre en magnésium, notamment chez les animaux en lactation. Plusieurs facteurs se cumulent à cette période.

L’herbe jeune présente naturellement une faible teneur en magnésium, la plante mobilisant prioritairement ce minéral pour sa croissance. Dans le même temps, les fourrages de printemps affichent souvent des niveaux élevés de potassium et d’azote soluble, deux éléments susceptibles de réduire l’absorption du magnésium par le rumen.

Les besoins des animaux peuvent également augmenter, en particulier chez les vaches laitières qui exportent quotidiennement du magnésium dans le lait. Enfin, des conditions climatiques instables, comme l’alternance de pluie, de soleil et de vent froid, peuvent favoriser l’apparition de tétanie d’herbage.

Les bonnes pratiques pour limiter les risques

L’anticipation constitue le principal levier de prévention. Un apport de magnésium avant la mise à l’herbe permet de sécuriser le statut des animaux.

Par ailleurs, plusieurs points méritent une attention particulière :

  • privilégier des sources de magnésium à forte biodisponibilité ;
  • maintenir un apport de fibres structurées en début de saison ;
  • adapter la complémentation énergétique lorsque les conditions climatiques dégradent l’ingestion ;
  • utiliser, dans les systèmes laitiers, des compléments minéraux suffisamment riches en magnésium.

Les élevages qui anticipent ces paramètres limitent généralement le risque d’épisodes de tétanie d’herbage, y compris dans des contextes de pâturage à risque.

Parasitisme herbager : une pression à surveiller dès le début de saison

Les strongles digestifs au cœur des préoccupations

Avec la reprise de la pousse de l’herbe, les cycles parasitaires redémarrent rapidement. Les parcelles pâturées les saisons précédentes peuvent conserver des larves capables de résister à l’hiver. Dès que les températures deviennent favorables, la pression parasitaire peut s’installer très tôt.

Les jeunes bovins lors de leur première saison de pâturage figurent parmi les animaux les plus sensibles. Les conséquences peuvent se traduire par une baisse de croissance, une diminution de l’ingestion ou encore des troubles digestifs.

Les facteurs favorisant la contamination

Certains contextes augmentent le risque d’exposition :

  • une forte densité animale sur les paddocks ;
  • des pâtures humides ;
  • la présence de reliquats parasitaires issus de l’année précédente ;
  • des périodes de pousse rapide favorisant la sélection de zones plus contaminées par les animaux.

Vers une gestion raisonnée du parasitisme

La maîtrise du parasitisme repose sur une combinaison de mesures complémentaires. La gestion de la rotation des pâtures permet de limiter l’exposition aux zones les plus contaminées. La coproscopie constitue également un outil d’aide à la décision pour adapter les traitements aux besoins réels du troupeau.

L’objectif reste de trouver un équilibre : une pression parasitaire trop élevée affecte les performances, tandis qu’une exposition trop faible peut limiter le développement de l’immunité chez les jeunes animaux. Cette approche raisonnée s’inscrit également dans une logique de maîtrise de l’anthelmintorésistance.

Entérotoxémies : un risque à ne pas négliger dans les rations riches en amidon

Pourquoi les rations concentrées favorisent-elles les entérotoxémies ?

Les entérotoxémies ne concernent pas uniquement les animaux au pâturage. Elles peuvent également survenir dans les systèmes d’engraissement recevant des rations riches en amidon et en glucides rapidement fermentescibles.

Plusieurs mécanismes sont impliqués :

  • une fermentation rapide des amidons favorisant un environnement digestif propice au développement de Clostridium perfringens ;
  • un passage de nutriments insuffisamment digérés vers l’intestin ;
  • des variations importantes d’ingestion ;
  • un manque de fibre efficace dans la ration, pouvant contribuer à l’instabilité digestive.

Les catégories d’animaux les plus exposées

Les jeunes bovins en engraissement, les veaux lourds et les animaux affichant des vitesses de croissance élevées apparaissent particulièrement concernés. Les sujets les plus performants sont souvent ceux qui subissent le plus fortement les conséquences de ces déséquilibres alimentaires.

Les leviers de prévention

La prévention repose avant tout sur la stabilité digestive et alimentaire. Plusieurs actions peuvent être mises en œuvre :

  • sécuriser la fermentation ruminale ;
  • réaliser des transitions alimentaires progressives ;
  • maintenir un niveau minimal de fibre efficace ;
  • limiter les variations d’ingestion ;
  • surveiller l’accès à l’aliment pour réduire la compétition entre animaux.

Dans les élevages présentant un historique de risque, la vaccination contre les clostridies peut également constituer un outil de prévention. Une attention particulière doit être portée aux signaux précoces tels qu’un ralentissement de croissance, des diarrhées intermittentes ou des épisodes de météorisation.

À retenir

  • La mise à l’herbe est une période à risque pour l’équilibre en magnésium, notamment chez les animaux en lactation.
  • L’anticipation de la complémentation et le maintien d’une bonne qualité de ration sont essentiels pour prévenir l’hypomagnésémie et la tétanie d’herbage.
  • Le parasitisme herbager peut s’installer très tôt au printemps et nécessite une gestion raisonnée fondée sur le suivi des animaux et des pâtures.
  • Les entérotoxémies concernent particulièrement les systèmes d’engraissement à forte densité énergétique et nécessitent une vigilance sur l’équilibre digestif et la régularité alimentaire.

Écouter le podcast complet

Pour approfondir ces enjeux techniques du printemps et retrouver l’analyse complète de nos experts, découvrez l’épisode intégral du podcast IDENA :

https://www.podcastics.com/episode/410480/link

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