Coronavirus de Wu Han : une couronne d’épines…

L’épidémie virale qui sévit actuellement en Chine est due à un coronavirus (2019-nCoV). Les coronavirus (virus à simple brin d’A.R.N.) doivent leur nom à la présence de projections en forme de massue (spicules) tout autour du virion et qui donnent l’impression, en microscopie électronique, d’une sorte de couronne (corona en latin).

Aperçu du virus du coronavirus au microscope

 

Si les mass-media découvrent actuellement les coronavirus, ils ne sont pas inconnus des virologistes qui les ont ainsi classés :

 

Tableau explicatifs des différents impacts du coronavirus sur les mammifères (dont les hommes) et sur les oiseaux.

 

Le virus 2019-CoV est proche à 96 % du coronavirus de la chauve-souris (concordance de 79 % avec celui du SRAS-CoV et 50 % avec celui du MERS-CoV) ; par contre, on ne connait pas encore l’origine de la contamination humaine à partir du marché de fruits de mer Huanan de Wu-Han (province de Hubei) : serpents, rats des bambous, civettes, etc. Cette contamination par des animaux sauvages est plus probable qu’une contamination par des fruits de mer si on se rappelle l’épidémie de S.R.A.S. qui a débuté en Chine en 2002 avant d’exploser en 2003 où des civettes palmistes masquées (Paguma larvata), des blaireaux-furets (Melogale sp.) et des chiens viverrins (Nyctereurtes procyonoides) vendus sur les marchés (= réservoir secondaire) ont été incriminés comme porteurs de coronavirus (mais l’animal réservoir est une chauve-souris insectivore du genre Rhinolophus). Quant au virus du M.E.R.S., le dromadaire est l’animal réservoir. Le 10 février 2020, des chercheurs chinois pensaient avoir identifié (en attente de publication) l’animal responsable de la contamination humaine à Wu Han (correspondance de 99 % entre les génomes des virus isolés chez les malades) : le pangolin (Manis sp.), petit mammifère insectivore à écailles, cousin du tatou, espèce protégée et donc officiellement interdite à la vente.

 

tableau retraçant les différents épisodes de coronavirus depuis 2000

 

Pour mémoire, le virus grippal provoque en France 8 000 à 14 000 décès par an (surtout chez les personnes fragiles). A l’heure actuelle (7 février 2020), la létalité de ce nouveau coronavirus est faible : 3 %.

Malgré la surmédiatisation de cette épidémie, il faut être conscient qu’il y aura, à l’avenir, d’autres maladies émergentes se transformant en épidémies, en lien avec l’augmentation des densités de populations animales et humaines dans les pays du Sud, où les habitants sont en interactions étroites avec les animaux sauvages et domestiques. Ces conditions, associées aux déplacements de plus en plus importants des populations humaines, sont propices au passage de la barrière inter espèces par les agents pathogènes puis à leur diffusion.

 

Références

  1. BARDE C., DUFOUR B. 2020. Le coronavirus chinois poursuit son extension. La Sem. Vét. 1840. 28-29.
  2. BRUGERE-PICOUX J. 2020. Epidémie de Wuhan : un virus proche à 96 % du coronavirus présent chez la chauve-souris. La dépêche Vét. 1514. 12-13.
  3. CRAINIC R., SARON M-F. 1993. Structure et taxonomie virale. Description des principales familles de virus d’intérêt médical et vétérinaire in Virologie médicale. EMI. 14-36.
  4. FONTANET A. 2010. Les maladies émergentes chez l’Homme : le SRAS et la grippe aviaire in Les maladies émergentes. Epidémiologie chez le végétal, l’animal et l’homme ? Quæ. 39-43.
  5. TELLIER P. 2020. 2019-nCoV, sur la piste de la chauve-souris. jim.fr n°1024 du 3 février 2020. Consulté le 10 février 2020.
  6. VANNIER P. 1993. Infections virales d’intérêt vétérinaire in Virologie médicale. EMI. 495-527.
  7. midilibre.fr Coronavirus : le pangolin, suspect numéro un pour la transmission à l’homme. Consulté le 11 février 2020.

 

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