La peste porcine africaine (P.P.A.) : une maladie d’actualité qui se rapproche

La découverte de sangliers infectés par la peste porcine africaine en Belgique en septembre 2018 nous a rappelé que cette maladie, malgré son nom, n’est pas uniquement localisée au continent africain ; elle est actuellement active en Europe de l’est (Hongrie, Pologne, Roumanie, Ukraine, Russie, Lettonie) et en Chine.

Cartes répertoriant les nouveaux cas de peste porcine africaine en novembre 2018

La peste porcine africaine est la seule arbovirose due à un virus à A.D.N. (asfivirus). Il est hautement résistant aux basses températures, inactivé par la chaleur (70 mn à 56°C ou 20 mn à 60°C). Il est inactivé à pH bas (< 3,9) ou haut (> 11,5) et par les désinfectants usuels : au bout de 30 mn par la soude caustique (hydroxyde de sodium) à 0,8 % ou les hypochlorites (à 2,3 %) ou le formol à 0,3 % ou l’orthophénylphénol à 3 %. Il survient longtemps dans le sang, les fèces, les tissus et les produits issus du porc [cuits ou non (3 à 6 mois)].

L’espèce Sus scrofa est sensible, domestique ou sauvage (= sanglier). En Afrique, les suidés sauvages [phacochères (Phacochaerus sp.), potamochères (Potamochoerus sp.), hylochères (Hylochoerus meinertzhageni)] sont infectés inapparents et constituent des réservoirs. Les tiques du genre Ornithodoros (O. erraticus en Europe) sont les principaux arthropodes vecteurs (cf. arbovirose) ; La transmission du virus par piqûres de stomoxes (Stomoxys calcitrans) ou de tabanidés a aussi été décrite en Europe. L’ingestion d’insectes infectés est une autre source (certes occasionnelle) de contamination. La transmission est directe (entre animal malade et animal sain) et indirecte (déchets contenant de la viande de porc infectée, tiques, matériels contaminés). L’incubation varie entre 4 et 19 jours, voire 3-4 jours pour les formes aiguës. Cette dernière se traduit par de la fièvre, une congestion cutanée, de l’anorexie, de la diarrhée puis la mort. Le tableau lésionnel, typique d’une peste (au sens large), comprend des hémorragies des viscères. Seuls les examens de laboratoire (sang sur EDTA, rate, ganglions lymphatiques, poumons, reins et moelle osseuse – ELISA, ImmunoFluorescence) permettent de la distinguer de la Peste Porcine Classique (P.P.C.) dont la clinique et la nécropsie sont identiques. Cette dernière maladie est due à un pestivirus (flavivirus) et bénéficie d’un vaccin (dans certains pays).

En Belgique, où 212 sangliers ont été détectés infectés, 2 zones ont été définies :

  1. La zone II (63 000 ha), zone où se trouvent les sangliers infectés,
  2. La zone I constituée d’une zone d’observation renforcée (au sud de la zone II) et d’une zone de vigilance (au nord de la zone II) (28 000 ha).

Les porcs de la zone II et I sud ont été abattus (repeuplement interdit).

Deux cas positifs ont été diagnostiqués le 8 janvier 2019 à 1 km de la frontière française. D’où la réaction française de délimitation d’une « zone blanche » mise en place dans un rayon de quelques kilomètres autour des 2 cas belges. Et au sein de laquelle tous les sangliers doivent être abattus et toutes les activités forestières suspendues. Grâce à un modèle épidémiologique, la distribution spatiale des cas de P.P.A. en Belgique a montré une propagation vers l’ouest (frontière française) et vers l’est (frontière luxembourgeoise). La vitesse médiane a été estimée à 1,6 km par semaine (minimum=0,5 km et maximum = 12,7 km). Cette vitesse reste constante de septembre 2018 à janvier 2019. Les estimations sont fondées sur la date de découverte des cadavres de sangliers et non pas sur une date estimée de morts des animaux (inconnue).

Afin de conserver son statut indemne, la France est en train d’achever la mise en place d’une clôture autour des zones « blanches » en Meuse, Ardennes et Meurthe-et-Moselle. Elle est aussi associée à des opérations de dépeuplement des sangliers (71 abattus en Meuse et 122 en Ardennes), sans oublier le dépistage sur les sangliers trouvés morts (49, tous négatifs).

En Chine, le 1er cas de Peste Porcine Africaine a été déclaré le 3 août 2018 dans plusieurs élevages de la ville de Shenyang (ancienne capitale de l’empire mandchou, dans la province de Liaoning, au nord de la Chine près de la Corée du Nord). Depuis, les signalements se sont multipliés : au 30 novembre 2018, la maladie concernait 83 villages dans 20 provinces de la moitié est du pays. Depuis le début de la maladie, 570 000 porcs sont morts ou ont été abattus. Le 16 novembre 2018, le 1er cas de peste porcine africaine est déclaré chez un sanglier dans la ville de Baishan (province de Jilin, frontalière de la Corée du nord). Or en Chine, hormis l’ouest et le nord du pays, les populations de sangliers sont réparties sur l’ensemble du territoire et avec des densités plus élevée qu’en Europe (2 à 5 / km² voire même 5,8 au nord-est). Le contrôle de la maladie apparait donc très difficile voire impossible. D’autant que d’autres facteurs en compliquent la gestion : détection tardive, abattoirs éloignés des élevages porcins, utilisation des eaux grasses. Cette découverte augmente donc le risque d’extension du virus au sud-est asiatique.  Récemment, le virus avait été détecté dans des produits chinois importés en Corée et au Japon.

Pour mémoire, les souches de virus responsables des foyers en Europe et en Chine appartiennent au génotype II. Une souche virale lettone (Lv17/WB/Rie1) non hémadsorbant (= non HAD) pourrait être utilisée pour développer un vaccin vivant atténué contre le génotype II.

 

Sources

  1. Anonyme. 2018. PPA en Belgique : instauration d’une nouvelle zone de vigilance. La Dépêche Vét. 1461. 8-14 décembre 2018.
  2. Anonyme. 2019. PPA : biosécurité renforcée en France après deux cas en dehors de la zone tampon. La Dépêche Vét. 1467. 12-25 janvier 2019.
  3. DUPHOT V. 2019. PPA de génotype II : une souche lettone pourrait être utilisée pour développer un vaccin. La Dépêche Vét. 1472. 12.
  4. FAUCHIER N. 2019. PPA : l’ingestion de mouches piqueuses, voie possible de contamination. La Dépêche Vét. 1468. 22.
  5. HALFON T. 2018. PPA : un premier sanglier positif déclaré en Chine. Sem. Vét. 1798. 26.
  6. HALFON T. 2019. PPA : les opérations de lutte se poursuivent. Sem. Vét. 1788. 30.
  7. JEANNEY M. 2019a. PPA en Belgique : la vitesse médiane de propagation estimée à 1,6 km par semaine. La Dépêche Vét. 1470. 12.
  8. JEANNEY M. 2019b. Peste Porcine Africaine des mesures complémentaires de prévention. La Dépêche Vét. 1472. 12.
  9. O.I.E. 2018a. African Swine Fever (ASF). Report N° 6 : November 10-30th.
  10. O.I.E. 2018b 

    . African swine fever. www.oie.int consulté le 26 décembre 2018.

  11. Plateforme ESA. PPA en Belgique : nouvelle zone de vigilance (27 novembre 2018). www.plateforme-esa.fr consultée le 26 décembre 2018.
  12. RADOSTITS O., GAY C.C., HINCHCLIFF K.W., CONSTABLE P.D. 2007. Veterinary Medicine. 10th edition. Saunders-Elsevier. 1157-1173.

 

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