Maladie du dépérissement chronique en Europe : un nouveau type ?

Maladie du dépérissement chronique en Europe : un nouveau type ?

 

La maladie du dépérissement chronique (M.D.C. ou Chronic Wasting Disease des anglophones) appartient au groupe des Encéphalopathies Spongiformes Transmissibles (E.S.T.) et affecte les cervidés. Jusqu’en 2016, elle n’était rencontrée qu’en Amérique du Nord où elle a été découverte en 1967 aux Etats-Unis (dans le Colorado), soit près de 20 ans avant le diagnostic de l’encéphalopathie spongiforme des bovins (E.S.B.). Deux cas ont été signalés en Corée du sud mais les wapitis atteints provenaient du Canada. La maladie affecte le cerf hémione ou cerf mulet (Odocoileus hemionus), espèce la première affectée chronologiquement et quantitativement, le cerf de Virginie ou cerf à queue blanche (O. virginianus), le wapiti (Cervus canadensis), le cerf élaphe (C. elaphus) et l’élan ou orignal (Alces alces). Elle a été identifiée comme maladie à prion en 1978. Localisée d’abord au Colorado et au Wyoming, elle affecte maintenant 23 états ainsi que 2 provinces (Alberta et Saskatchewan) au Canada. La surveillance entre 1996 et 1999, à l’aide des chasseurs, a permis d’estimer un taux d’incidence de 5 % chez le cerf mulet, 2 % chez le cerf de Virginie et moins de 1 % chez le wapiti. Par contre, ces taux sont beaucoup plus élevés dans les effectifs captifs (50 à 80 %).

Répartition de la M.D.C. aux Etats-Unis au 1er août 2018

Source : Centers for diseases control and prevention

 

Les aspects cliniques de la M.D.C. (d’une durée de 4 mois) sont souvent discrets : amaigrissement progressif, accompagné éventuellement d’apathie ou d’agressivité, une sialorrhée (hypersalivation), des grincements de dents et une polyurie. La présence du prion dans la salive, l’urine et les fèces des cervidés atteints a permis de suspecter une transmission horizontale par contact direct ou d’une contamination de l’environnement (sol ? plantes ?) (Cf. les « champs à tremblante » permettant d’expliquer la pérennité de cette maladie chez le mouton). Une transmission maternelle est également fortement suspectée. En Amérique du nord, l’éradication est impossible. Si le risque zoonotique semble faible (mais des recommandations sont faites aux chasseurs), l’extension de la maladie chez les cervidés d’Amérique du nord reste inquiétante et on ne peut, seulement, diminuer l’incidence de la maladie, notamment en diminuant la densité des cervidés, plus particulièrement en éliminant les mâles, plus souvent infectés que les femelles.

Il convient de noter qu’il s’agit de la seule E.S.T. animale connue comme « naturelle », c’est-à-dire évoluant indépendamment de l’élevage, chez des ruminants sauvages.

En avril 2016, la Norvège a identifié le 1er cas en Europe chez un renne (Rangifer tarandus), femelle adulte vivant dans un parc du sud du pays. Trois autres cas ont été détectés en décembre 2018 en Norvège, cette fois-ci, chez des élans. Trois souches de prions ont été isolées (dans le tissu cérébral) : 2 élans présentaient un amaigrissement et une moindre peur de l’Homme tandis que le 3e était mort. Ces prions sont différents de ceux connus dans les cas de M.C.D., ce qui suggère la possibilité d’un nouveau type de prion pour cette M.D.C. atypique.

 

Sources

BRUGERE-PICOUX J. 2016. Première détection de la maladie du dépérissement chronique des cervidés chez un renne en Europe. La Dépêche Vét. 1345. 14.

BRUGERE-PICOUX J. 2018. Un nouveau type de maladie à prion chez des élans en Norvège. La dépêche Vét. 1461. 14.

MOUTOU F. 2005. La maladie du dépérissement chronique des cervidés : une forme d’EST ancienne mais encore bien mal connue. Virologie. 9. 181-190.

www.cdc.gov/prions/cwd/index.html consulté le 11 décembre 2018

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